Des singes et des hommes...
Des mandats cachés
à l'explicitation de l'action de gestion
Guy Pelletier, professeur
Université de Montréal
1996
On n'apprend pas à un vieux singe à faire la grimace.
Proverbe français
Celui qui vend le singe rit de celui qui l'achète
Proverbe arabe
Sommaire
L'homme descend du singe ou en est-il tout simplement son
héritier? En 1974, William Oncken Jr. et Donald L. Wass publiaient
un article pour le moins original abordant la problématique de la
gestion du temps. Bien que rédigée dans le contexte du début des
années 1970, la trame de fonds élaborée par ces derniers demeure
d'une grande actualité. Toutefois, certaines observations et
prescriptions nécessitaient d'être revues pour les adapter à la
réalité de cette fin de millénaire. Par l'intermédiaire de la
métaphore du singe sur l'épaule, ce texte aborde l'art complexe de
la délégation et de la "responsabilisation" de ses collaborateurs
et subordonnés.
Introduction
Le cheval est souvent identifié à la plus noble conquête de
l'homme. La chose est plutôt surprenante compte tenu que l'homme
s'assied dessus. Quoi qu'il en soit, si le cheval est
effectivement la plus noble conquête de l'homme, nul doute que
l'homme est la plus no ble conquête du singe. Mais, là aussi, il
faut signaler que l'homme est la monture de bien des singes. Dans
le cadre de cet article, nous allons exposer en quoi le troupeau
humain, principalement sa gentry managériale, peut constituer une
importante source de "bêtes de somme" pour l'espèce simiesque.
Constatant que les gestionnaires manquent généralement de temps
alors que leurs subalternes manquent généralement de travail,
j'avais abordé dans le cadre d'un article précédent1 la métaphore
du singe comme outil de compréhension d'une fine stratégie de
"responsabilisation" des dirigeants que bien des subordonnés
utilisaient très fréquemment à leur propre insu. Évidemment, un
bon nombre de dirigeants ne réalisent pas eux-mêmes leur propre
propension à s'octroyer les tâches de leurs collaborateurs. Ils
sont davantage victimes de ce mécanisme subtil de transfert s'ils
éprouvent de la difficulté à déléguer les tâches, bref s'ils se
comportent comme le dirigeant lambda.
Il y a un peu plus de vingt ans, Oncken et Wass publiaient un
article 2 remarqué sur le contrôle des tâches et la gestion du
temps. Suivant ces auteurs, la plupart des gestionnaires allouent
à leurs collaborateurs beaucoup plus de temps qu'ils ne le
croient. Cela repose particulièrement sur l'attitude de bien
d'entre eux d'accepter, sans toujours le réaliser, des "mandats
cachés" de leurs subalternes. C'est une situation qui n'est pas,
de prime abord, facile à diagnostiquer et encore moins facile à
reconnaître par les principaux intéressés. Car, si octroyer du
temps à ses collaborateurs et subalternes fait partie de l'essence
même d'un acte de gestion, il n'est pas sans exister des
ambiguïtés à l'égard de la nature des tâches des uns et des
autres.
Pour traiter d'une situation aussi complexe, les deux auteurs ont
proposé la métaphore du singe sur l'épaule. Dans le cadre
de l'article référé plus haut, j'ai actualisé cette métaphore à la
problématique actuelle de gestion. Au cours des prochaines lignes,
je puiserai à ces deux sources pour aborder l'épineuse question
des singes que l'on récolte sans nécessairement les avoir semés,
du moins d'une façon consciente.
L'effet singe
Imaginons la situation suivante. En se déplaçant dans son
établissement, un gestionnaire croise, de façon inattendue, l'un
de ses subalternes. Il le salue bien chaleureusement. Ce dernier
le salue à son tour mais en profite pour progressivement lui
refiler un "singe" : Bonjour monsieur le directeur. A propos,
nous avons un problème. Figurez-vous que... Pendant que le
subalterne parle, progressivement le gestionnaire "s'approprie" le
problème - nous avons un problème - mais il n'a pas le
temps de s'y attarder ou juge peu prudent de prendre une décision
expéditive. Dans une telle situation, il rompra la conversation
par une formule du genre : Merci de m'en avoir parlé. Je suis
pressé pour le moment, mais je vais y penser et nous en
reparlerons.
Analysons ce qui vient de se passer. Avant la rencontre, sur
quelle épaule le singe était-il perché? Sur celle du subalterne.
Mais, après son départ? En acceptant le singe, le gestionnaire
s'est volontairement placé dans une position de subordination à
l'égard de son subalterne. En effet, il a permis que celui-ci en
fasse son subordonné en accomplissant deux actes que fait
généralement un subalterne pour son supérieur: il a accepté une
responsabilité et il a promis de faire un rapport. On peut même
envisager que, quelque temps plus tard, pour s'assurer que le
gestionnaire ne l'oublie pas, le subalterne s'arrêtera à son
bureau et lui demandera : À propos, où en est l'affaire?
C'est ce qui s'appelle de la "supervision".
Dans la suite des activités de la journée, à la fin d'une séance
de travail régulière avec un autre collaborateur le gestionnaire
le quitte sur ces mots : Bien , avant d'agir sur ce dossier
envoyez-moi une note de service .
Passons à l'analyse. Le singe est maintenant perché sur l'épaule
du subalterne parce que c'est à son tour d'agir, mais l'animal est
visiblement prêt à bondir. Surveillez-le. Le collaborateur rédige
consciencieusement la note de service demandée et la dépose dans
sa boîte à courrier. Peu de temps après, le gestionnaire la trouve
sur son bureau et la lit. A qui le tour d'agir ? Au gestionnaire.
S'il n'agit pas bientôt, il recevra une note de rappel de son
subalterne (une autre forme de supervision). Plus le gestionnaire
prendra de temps à répondre, plus le subalterne s'impatientera et
jugera son dirigeant comme plutôt désordonné et peu fiable.
Un peu plus tard, au cours d'une rencontre avec un groupe de
travail, le gestionnaire promet son soutien au regard d'un projet
qu'il vient de leur confier. En quittant les membres du groupe, il
leur dit : Faites-moi signe si je peux vous aider . Chose
dite chose faite...
Examinons plus attentivement la situation. Somme toute, il s'agit
ici d'une formule de soutien fort courante. Toutefois, lorsque les
premiers signes se manifesteront, cela nécessitera une importante
vigilance parce que entre signes et singes... Il y a là une
chausse -trape qui peut facilement s'ouvrir sous vos pieds.
Notre gestionnaire qui a toujours le coeur sur la main rencontre
un nouveau collaborateur qui vient d'être muté d'une autre unité
organisationnelle dans le but de mettre sur pied un nouveau
service. Il lui propose de le rencontrer pour établir les
objectifs du poste et, à l'avenant, lui dit : Je vous ferai un
avant-projet que nous pourrons examiner ensemble . Mais que se
passe-t-il au juste? Où est le singe?
Étudions la situation. Un professionnel vient d'être octroyé à
l'unité pour développer un nouveau service. Il est donc nommé à ce
poste et entièrement responsable de ce dossier. Or, le voici plus
ou moins contraint à l'inactivité car c'est au tour du
gestionnaire d'agir. Tant que le gestionnaire n'aura pas réalisé
l'avant-projet, le nouvel arrivé se retrouvera avec des plages
minces d'autonomie.
Au terme de sa journée, alors que tous les collaborateurs ont
quitté leur bureau subito presto, notre gestionnaire amorce
une longue soirée de travail. Il risque d'en être ainsi pendant
fort longtemps. Le pire c'est que l'on peut présumer, à juste
titre, qu'il ne doit pas bénéficier d'une image très positive de
la part de ses collaborateurs. Les uns comme les autres sont tous
plus ou moins dans l'attente des travaux qu'il doit effectuer, des
décisions qu'il doit prendre. Sans ajouter que, par sa bonne
volonté, il s'est accaparé une partie des tâches de ses
collaborateurs.
Soirée après soirée, le gestionnaire est submergé d'une riche
ménagerie de singes au point qu'il n'arrive plus à réaliser les
tâches qui lui sont dévolues. On lui reproche ses retards, son
manque de vision, son peu d'attention aux relations humaines, son
comportement centralisateur, etc. Pourtant, il fait tout ce qu'il
peut... Jusqu'au jour, quelque part, entre l'hypertension et
l'hypoglycémie, éclate le syndrome du survivant... le cri primal!
De la délégation
La métaphore du singe sur l'épaule a toujours une grande résonance
auprès des gestionnaires des différents pays avec lesquels j'ai eu
l'occasion d'intervenir. Certains m'ont même signalé qu'au début
de leur carrière administrative, ils étaient très "actifs" et
grands acheteurs de primates. Par ailleurs, il faut reconnaître
que, lorsque nous occupons une nouvelle fonction administrative,
il n'est pas rare de voir défiler, dès les premiers jours à notre
nouveau poste, d'habiles marchands de singes.
Dans leur analyse, Oncken et Wass (1974) consacrent une partie
importante de leur diag nostic à la gestion du temps. Or, les
travaux que nous avons réalisés, auprès des dirigeants, ont plutôt
mis en lumière qu'une des difficultés majeures qu'ils éprouvent
est celle de la délégation. Pour toutes sortes de raisons, les
dirigeants manifestent fréquemment d'importantes difficultés à
déléguer. La première raison est qu'ils pressentent assez tôt dans
leur carrière, que, s'ils peuvent déléguer leur autorité, ils ne
peuvent pas déléguer leurs responsabilités. En fait, l'importance
accrue de l'imputabilité sociale que l'on met sur les dirigeants
ne facilite guère une attitude décentralisatrice. Ces dernières
années, plusieurs dirigeants ont été obligés de démissionner pour
des fautes commises par leurs subordonnés et envers lesquelles ils
avaient, tout compte fait, peu d'emprise. Or, da ns une
fonction d'autorité, nous sommes toujours obligés de déléguer.
Soit que nous déléguons les tâches à nos collaborateurs, soit que
nous déléguons de notre propre temps pour réaliser ces dernières
.
D'autre part, reconnaissons-le, un dirigeant ne peut guère exercer
aujourd'hui son métier sans avoir sa petite ménagerie de primates.
À défaut, il risque fort de faire de la gestion Téflon. Ce
type de gestion où rien ne colle à la peau et qui caractérise les
dirigeants qui ont développé l'art de faire surface sur un point
fixe. Autre temps, autres moeurs, et, cela nous oblige à revoir
certaines des prescriptions formulées par Oncken et Wass à une
époque où l'exercice de la gestion pouvait bénéficier d'une
imputabilité moins importante qu'aujourd'hui.
Développer l'initiative
À
maints égards, dans une pratique de direction, faisons-nous
simplement ce que nous avons appris à faire dans le passé ou ce
qui a besoin d'être fait, sans égard à la difficulté que cela peut
représenter, sans égard à la crainte de l'échec? Lorsque que
l'on veut devenir dirigeant, c'est souvent parce que nous avons
une grande soif d'être enfin un décideur. Lorsque l'on
exerce le métier de dirigeant, on apprend la modestie, la
contrainte des choses et la nécessité de savoir développer des
collaborations. Or, il n'est pas possible d'avoir de
véritables collaborateurs si nous ne leur déléguons pas les
tâches, si nous ne sommes pas attentifs à cultiver cette confiance
courageuse qui repose sur la remise de l'initiative à son
personnel, à ses subalternes. Savoir déléguer sans se débarrasser
du tra vail, savoir faire un suivi sans talonner, voilà bien un
chantier humain complexe qui passe sans détour par le
développement de l'initiative de ses collaborateurs.
La métaphore du singe sur l'épaule peut s'avérer un outil
d'analyse intéressant à ce niveau. Un dirigeant peut facilement
cumuler beaucoup de singes s'il ne remet pas l'initiative à ses
collaborateurs. Mais, pour être en mesure de favoriser
l'initiative de ses subalternes, le dirigeant doit s'assurer que
ces derniers la possèdent . Lorsqu'un collaborateur signale "Nous
avons un problème", cela implique tacitement que ce dernier
considère que l'initiative est partagée entre le dirigeant et lui.
En somme, un tel partage implique que le singe est à califourchon
sur deux épaules, ce qui est une très mauvaise façon de dresser un
singe. Par ailleurs, si nous n'identifions pas à qui appartient le
singe, il est fort à parier que le dirigeant en héritera....
Face à ces observations, il s'avère judicieux de mieux clarifier
les niveaux d'initiative des uns et des autres. À cet effet, le
rôle du dirigeant est de chercher à développer l'initiative de ses
collaborateurs, ce qui a pour conséquence de les responsabiliser à
l'égard de leurs tâches mais aussi d'acquérir davantage
d'autonomie dans leur travail. En bref, de leur donner plus de
contrôle sur leur propre travail, ce que en anglo-américain on
appelle l'empowerment. Mais, au sein d'une telle démarche,
il est important de reconnaître que tous les employés n'ont pas le
même niveau d'initiative. Ainsi, à la suite de Oncken et Wass, on
peut identifier cinq niveaux majeurs d'initiative :
1. Attendre qu'on lui dise "quoi faire" (le plus bas niveau
d'initiative);
2. Demander "quoi faire";
3. Suggérer "quoi faire" puis agir en conséquence;
4. Agir, mais en avertir son supérieur sur-le-champ;
5. Agir de son propre chef, et rendre compte de la façon usuelle
(le plus haut niveau d'initiative).
Le subordonné, tout comme le dirigeant à l'égard de son propre
supérieur, qui se situe au premier niveau et "qui attend" n'a
aucun contrôle sur la durée ni la teneur du temps imposé et, par
conséquent, il perd le droit de se plaindre au sujet de la tâche
qui lui est octroyée et du temps qu'il juge nécessaire pour
l'accomplir. S'il agit selon le deuxième niveau et demande quoi
faire, il conserve le contrôle sur le temps mais non sur la
teneur. En agissant selon les troisième, quatrième et cinquième
niveaux, autrement dit s'il suggère ou agit, il conserve le
contrôle sur ses activités et ce contrôle est d'autant plus grand
qu'il se rapproche du cinquième niveau.
Dans une perspective de "responsabilisation" de son personnel, le
dirigeant doit le plus possible proscrire une dynamique
managériale qui se situe aux deux premiers niveaux d'initiative,
ne laissant, à ses collaborateurs, d'autre choix que celui de se
responsabiliser à l'égard de leurs tâches. C'est particulièrement
au sein d'une interaction se situant à ces deux niveaux que l'on
peut voir immigrer bien des singes. Pour éviter de faire du
surplace aux plus bas niveaux d'initiative, il est impérieux que
le dirigeant oeuvre au développement de l'autonomie de son
personnel et, qu'en pratique, chaque fois qu'un problème est
confié à un collaborateur, l'initiative qui y est associée doit
être établie de façon explicite et d'un commun accord.
Vivre et survivre avec des singes
Malgré les efforts que peut réaliser un dirigeant pour développer
l'initiative et l'autonomie de ses collaborateurs et subordonnés,
il demeurera toujours confronté à l'élevage d'une certaine
ménagerie de primates. Dans le feu de l'action, dans le pilotage
du changement, entre les prescriptions de l'idéal et les
résistances du pays réel, bien des singes sont au rendez-vous. En
conséquence, il nous apparaît judicieux de formuler quelques
règles de conduite sur l'alimentation des singes3.
Règle numéro 1
Dans tout cycle annuel des tâches, il y a des périodes de grande
migration de singes que tout dirigeant doit prévoir pour organiser
son temps en conséquence. À défaut, il devra transformer son
bureau en ménagerie.
Règle numéro 2
Chaque singe doit être nourri ou éliminé. Faute de cela, même dans
un état mourant, un singe a de grandes capacités de résurrection
et un dirigeant peut consacrer bien du temps à des activités
funéraires.
Règle numéro 3
La population de singes devrait être gardée en dessous du nombre
maximum que le dirigeant a le temps de nourrir. Pour ce faire, il
doit s'assurer que ses collaborateurs ou ses supérieurs ne lui
transmettent pas un singe qui n'a pas été au préalable l'objet
d'une certaine préparation.
Règle numéro 4
Cela ne devrait pas prendre plus de 5 à 15 minutes pour nourrir un
singe bien préparé de la variété simius vulgaris . Au terme
de ces minutes de rencontre, si le dirigeant décide de poursuivre
l'échange, c'est qu'il y prend plaisir, et que, pour l'instant, il
a peu d'autres activités, ou encore que le singe était
insuffisamment préparé et il se tient maintenant à califourchon
sur les épaules des interlocuteurs. Dans ce dernier cas, il doit
être vigilant et doit s'assurer de bien identifier, à la fin de la
rencontre, qui est le propriétaire du singe.
Règle numéro 5
Les singes ne devraient être nourris que sur rendez-vous. Le
gestionnaire ne devrait pas être à l'affût de singes affamés pour
les nourrir à mesure qu'ils tombent entre ses mains.
Règle numéro 6
Les singes devraient être nourris en personne ou par téléphone,
jamais par la poste. Dans ce dernier cas, le dirigeant se
retrouvera avec le singe. Le matériel écrit peut s'ajouter à
l'alimentation, mais ne peut la remplacer.
Règle numéro 7
Chaque singe doit se voir assigner "une heure d'alimentation" et
"un niveau d'initiative". Ces derniers peuvent être changés
n'importe quand, d'un commun accord, mais ne doivent jamais
devenir vagues ou indéfinis sans quoi ils mourront de faim ou se
retrouveront sur l'épaule du gestionnaire.
Enfin, la règle des règles consiste à être toujours soucieux à
expliciter son action, à clarifier les mandats et à s'assurer que
les tâches octroyées soient bien comprises et, dans la mesure du
possible, acceptées.
Conclusion
En vérité, diriger est d'une infinie fragilité. Si l'exercice du
métier exige un certain nombre de compétences, il ne demeure pas
moins que sa signification et sa démonstration varient de façon
importante d'un individu à l'autre. Dans son action, chacun aura
un résultat distinct et c'est cette différenciation qui fait des
dirigeants des artisans du complexe. Diriger est davantage un
art, un état d'esprit, un rapport à soi et aux autres qu'une liste
de choses à faire. Comme pour tous les arts, les signes
visibles d'une direction maîtrisée s'expriment finalement dans la
pratique.
Il est toujours plus facile de donner des conseils pour diriger un
navire, surtout lorsque l'on n'est pas dedans. À certains égards,
ce texte fait partie des "bonnes intentions" sur l'art de diriger.
Toutefois, d'un style mi-sérieux mi-racoleur, il introduit au
phénomène complexe de la délégation des tâches et de la
"responsabilisation" des collaborateurs et subordonnés. À sa
manière, il peut constituer un outil fort valable d'explicitation
d'actions de collaboration au sein d'une équipe de direction.
Au-delà de son caractère amusé, la métaphore du singe constitue un
outil intéressant pour rendre compte d'une situation
potentiellement irritante. Elle permet par l'allégorie et
l'analogie de discuter et d'expliciter des mandats "cachés", des
situations troubles, des sources potentielles de conflits, qui,
autrement peuvent évoluer vers des incompréhensions dramatiques.
Suivant de nombreux témoignages reçus, à la suite d'interventions,
plusieurs équipes de direction utilisaient régulièrement, entre
eux, la métaphore du singe pour rendre compte et expliciter leurs
actes de gestion. Somme toute, il y a là une potentielle
reconquête de l'homme sur le singe...
1
PELLETIER, G. (1995). Les Virgules du temps. De l'arrêt d'agir et
autres savoirs d'inaction en gestion. Harvard L'Expansion
Management Review, numéro 78, 90-95.
2
ONCKEN, W., WASS, D.L. (1974). Management time : Who's got the
monkey? Harvard Business Review, 52 (6), 75-80.
3
Il nous est apparu nécessaire de revoir les prescriptions de
Oncken et Wass pour les adapter aux réalités de gestion des
dernières années. Je tiens à remercier la contribution de monsieur
Yvon Hétu, professeur à l'Université de Montréal, pour sa
participation à la réflexion et à la formulation des règles
présentées.